Bruno Le Roux, un ex-ministre en attente de jugement
Bruno Le Roux a été adjoint au maire socialiste d’Epinay sur Seine, directeur adjoint du Cabinet de Pierre Mauroy, Conseiller général, maire d’Epinay, député, président du groupe socialiste à l’Assemblé Nationale, et ministre de l’Intérieur sous le gouvernement Cazeneuve.
Bref, c’est un homme politique très expérimenté, qui s’est retrouvé devant le Tribunal de Paris les 12 et 13 novembre.
Que lui reproche-t-on ?
D’abord, d’avoir embauché ses deux filles comme collaboratrices parlementaires, ce qui est formellement interdit.
Les Lois n° 2013-907 du 11 octobre 2013, et n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 (Loi Sapin II) interdisent aux parlementaires et aux membres du gouvernement d’embaucher un proche.
Un homme politique aussi expérimenté que Bruno Le Roux ne pouvait pas l’ignorer.
Mais il faut savoir, en outre, que l’une de ses filles a débuté à 15 ans, et a enchaîné 14 contrats sur 7 ans, alors que l’autre a débuté à 16 ans et a cumulé 10 contrats sur 4 ans.
Certaines de ces périodes de travail correspondaient à des périodes où elles étaient en stage, ou en vacances, ou encore salariées d’une entreprise de bricolage.
Bruno Le Roux est donc soupçonné d’emplois fictifs, mais également d’avoir détourné plus de 36000 euros de son IFRM (Indemnité Représentative de Frais de Mandat), en payant ses soins médicaux personnels, des déplacements à l’étranger, des achats de foie gras, etc.
Le Procureur a requis deux ans de prison avec sursis probatoire, l’obligation de réparer les dommages (c’est-à-dire de rembourser les sommes indûment dépensées), 40 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.
Nous vous renvoyons aux articles parus dans la presse pour plus de détails, mais nous voudrions relever deux points :
1/ au cours de l’audience, l’ex-dirigeant socialiste a dit : « Avaient-elles le droit de le faire ? Non, selon le Code du travail, oui selon moi. Car l’essentiel était qu’elles terminent les tâches. »
Ainsi, un ancien ministre déclare que l’embauche de ses propres filles s’est faite en violation du Code du Travail, mais que « selon lui », il avait le droit de les embaucher.
Il est assez inquiétant de voir un citoyen s’affranchir des lois en appliquant ses propres critères de légalité, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un homme politique, chargé de les élaborer et de les voter en tant que parlementaire, ou de veiller à leur respect, en tant que ministre de l’Intérieur.
2/ son avocat déclare, d’après Mediapart (sic) : « Formellement, il n’est pas dans les clous, on est tous d’accord. Ses contrats de travail sont ni faits ni à faire, mais ses filles ont travaillé. » « Elles n’ont peut-être pas travaillé assez, pour un emploi peut-être trop payé, mais elles ont bien travaillé ».
Nous laisserons au Tribunal le soin d’établir si, et dans quelle mesure, ces emplois étaient réels ou fictifs, mais il est stupéfiant de constater que fort de ces affirmations, l’avocat plaide la relaxe de son client.
Comment peut-on reconnaître formellement être hors la loi, et demander à être relaxé ? Au nom de quoi ? De services rendus à la Nation, peut-être ?
C’est un peu comme si les voleurs du Louvre étaient pris, reconnaissaient leur forfait, mais demandaient à être relaxés. On croit rêver…
Il fut un temps où il était question de « République exemplaire ». Ce temps paraît bien lointain. La République exemplaire, c’est celle qui garantit que la loi est la même pour tous.
Certes, tant qu’un jugement définitif n’a pas été prononcé, Bruno Le Roux est présumé innocent. Mais s’il venait à être condamné définitivement, il contribuerait à creuser davantage le fossé qui sépare les citoyens d’une classe politique qui se croit au-dessus des lois, et qui fait le lit des extrêmes.
Le jugement sera rendu le 19 février 2026. Faisons confiance aux juges.
