Ignorance, tolérance, incompétence ?
On peut se poser ces questions quand il s’agit de la gouvernance de certains services publics.
Le journal La Provence consacre un article aux pratiques très particulières de certains employés d’une déchetterie marseillaise gérée par la Métropole, qui exigeaient un « pourboire » pour les usagers souhaitant y déposer leurs déchets, alors que cette opération est gratuite.
Les pratiques de ce genre sont monnaie courante, si l’on peut s’autoriser ce mauvais jeu de mots.
Dans certaines activités, elles durent depuis des décennies, et tout le monde en prend son parti, sous prétexte que « ça s’est toujours fait ».
Or, lorsqu’un service public est gratuit, c’est pour qu’il soit accessible à tout le monde, ce qui veut dire que son coût est pris en charge par la collectivité.
Les fonctionnaires qui travaillent dans les déchetteries, comme dans tous les services publics, n’ont pas à percevoir de « pourboires » : ces pratiques rompent l’égalité d’accès aux services publics, procurent à leurs auteurs un revenu illicite qui constitue une ponction sur celui des usagers, et contribuent à leur donner un pouvoir qui ne leur appartient pas.
Bien sûr les mis en cause expliquent ces dérives par la faiblesse des salaires (« si on était mieux payés, on n’aurait pas besoin de pourboires »).
Disons tout de suite que donner à ce genre d’arguments la moindre parcelle de recevabilité, c’est avaliser un système de corruption, dont la caractéristique principale est de s’auto entretenir et de proliférer. Redisons-le : la corruption est un cancer pour la démocratie.
Il faut donc condamner leurs auteurs, ce qu’a fait la justice, qui est là pour faire appliquer la loi.
Mais il faut se poser la question de la responsabilité de la hiérarchie dans ce genre de dérives.
Ici, c’est un usager qui a signalé les faits à la direction, qui elle-même a déposé plainte contre X, ce qui a déclenché l’enquête.
Mais le fait, pour la Métropole, de déposer plainte ne l’exonère pas ipso facto de ses responsabilités.
C’est ce qu’indique, à mots couverts, l’ordonnance de renvoi, qui fait état du climat de travail délétère, du flou des consignes fixées par la Métropole, des glissements de pratique professionnelle pour certains manifestement tolérés et non explicitement dénoncés en interne.
C’est grave, car cela signifie que ces pratiques délictuelles étaient connues en interne, mais que personne n’a pris l’initiative de les dénoncer. C’est ainsi que les dérives perdurent, que les habitudes s’installent, et que se développe une sorte de « culture de l’arrangement » qui se transmet aux nouveaux arrivants.
Lorsque la justice parle de « glissements de pratique professionnelle manifestement tolérés », il s’agit là d’une manière de dire que la hiérarchie était au courant, et a laissé faire, pendant des années.
Si tel est le cas, c’est inadmissible : qu’on condamne les auteurs directs de ces délits, répétons-le, c’est indispensable dans un Etat de droit, mais qu’on exonère de responsabilité ceux qui, au courant, ont fermé les yeux, c’est choquant.
Il faut dire que dans cette affaire, le lanceur d’alerte a contacté la Métropole, et non le Procureur. C’est la Métropole qui a déposé plainte auprès du Procureur, lequel a diligenté l’enquête.
Les investigations ont donc porté sur les pratiques délictueuses des prévenus (corruption passive, vol aggravé, et recel), et non sur la responsabilité éventuelle de la métropole pour les avoir possiblement tolérées.
Lorsqu’on laisse perdurer en toute connaissance de cause des pratiques illicites, n’est-on pas quelque part, complice, et cette complicité n’est-elle pas, elle aussi, tout aussi condamnable ?
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