Cachez ces femmes, que je ne saurais voir…
Une délégation hindoue a visité la Tour Eiffel le 5 septembre, et a demandé à la direction de la SETE (Société d’Exploitation de la Tour Eiffel) que les femmes salariées de la Tour et des entreprises prestataires soient « invisibilisées » afin d’accueillir cette délégation.
Aussi scandaleux que cela puisse paraître, cette demande a été acceptée. Et donc, ces femmes salariées ont, dimanche, été écartées, remplacées, bref rendues invisibles, pour satisfaire aux exigences de cette délégation.
Rappelons que la SETE est une société à capitaux publics, dont le président est Ariel Weil, maire socialiste de Paris Centre. Le président de la SETE est traditionnellement un élu du Conseil de Paris, Conseil présidé par le maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire.
Il est choquant qu’une telle demande ait été formulée, et il est inadmissible qu’elle ait été acceptée.
Mais ce qui est tout aussi choquant, c’est que, d’après Ariel Weil, ni lui, ni Emmanuel Grégoire n’étaient au courant de cette visite.
Comment peut-on imaginer que ni le président de la SETE, ni le maire de Paris n’aient été informés de cette visite ? Elle a, à l’évidence, impacté directement l’activité de la Tour : il est pour le moins surprenant que le président de la société qui exploite cette dernière n’ait pas été au courant.
Quant au maire de la capitale, il est tout aussi peu crédible qu’une délégation hindoue vienne visiter la Tour sans qu’il soit au courant de cette visite.
Cette affaire revêt deux aspects :
- La réception de cette délégation n’est pas anodine : ses membres sont des proches du premier ministre Indien, Narandra Modi, et tout le monde connaît les liens économiques qui lient notre pays et l’Inde. On peut comprendre les nécessités de la diplomatie, et les compromis qu’elle exige parfois. Mais renoncer aux principes qui sont au fronton de nos écoles constitue une ligne rouge qu’on doit, quelles que soient les circonstances, s’interdire de franchir : avoir accepté cette demande constitue une violation de nos valeurs républicaines. C’est une faute impardonnable.
- Mais quand, en quelque sorte, le mal est fait, il faut en assumer les conséquences.
Certes la SETE a déclenché une enquête administrative interne « pour éclaircir la chaîne de décision RH qui a conduit à écarter le personnel féminin ». La ville de Paris a fait de même. Mais sur le plan juridique, on ne sait pas, au moment où nous écrivons ces lignes, si un signalement au Procureur ou une plainte ont été déposés. Pourtant, il y a bien là discrimination, délit dont la définition est donnée par l’article 225-1 du Code Pénal.
Rappelons que d’une part, l’article 40 fait obligation aux élus ou responsables administratifs de transmettre le dossier au Procureur s’ils constatent un délit. Et regrettons, encore une fois, que cette obligation ne soit assortie d’aucune sanction si elle n’est pas respectée…
Mais rappelons également que le Parquet peut s’autosaisir s’il a connaissance de faits pouvant être constitutifs de délits pénaux.
Il le faudrait, car cette affaire est plus complexe qu’il n’y paraît. Sans vouloir minimiser l’importance des enquêtes internes, il appartiendrait à notre avis à la justice de déterminer exactement les responsabilités, y compris celles d’entités extérieures comme Atout France, organisme d’État chargé de promouvoir l’attractivité touristique de la France et le tourisme d’affaires, et qui semble bien avoir joué un rôle important dans l’organisation de cet évènement.
Ce ne sera pas facile, les « instructions » pouvant avoir été données de manière purement verbale…
Nous attendons. Peut-être verra-t-on ressortir la fameuse expression de Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, lors de l’affaire du sang contaminé, en 1991 : « Responsable, mais pas coupable » ? 1
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- Georgina Dufoix a été relaxée lors du procès devant la Cour de justice de la République en 1999 (ainsi que Laurent Fabius) ↩︎
