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Brèves d'info

Un mensonge assumé

L’acétamipride a déjà fait couler beaucoup d’encre, et tout indique que ce n’est pas fini.

Rappelons que cette substance est un néonicotinoïde dangereux interdit en France depuis 2018 (mais autorisé dans l’UE jusqu’en 2033).

Interrogé dans l’émission Complément d’enquête du 3 septembre 2026, le sénateur Horizons Vincent Louault assume avoir menti, délibérément, en affirmant que de l’acétamipride était présent dans les colliers pour chiens et chats (et donc, qu’il ne pouvait pas être dangereux pour l’homme).

  • Journaliste : « Pourquoi vous avez mis en avant le fait que l’acétamipride était présente dans les colliers ? »
  • Vincent Louault : « Mais parce que nous, ma pauvre… ma pauvre dame, nous on se fait défoncer la gueule et qu’à un moment les gens ils comprennent des messages simples. »
  • Journaliste : « Mais quand vous parliez de fake news tout à l’heure, on en est pas loin du coup ? »
  • Vincent Louault : « […] Oui, je fais une fake news, voilà si c’est ça que vous voulez m’entendre dire. Oui, j’ai simplifié un peu trop, je m’en excuse. »

Cette affaire est très grave, à plusieurs titres.

1/ Qu’un homme politique mente afin de faire passer un message, c’est déjà, en soi, condamnable. Bien sûr, on nous dira que les hommes politiques passent leur temps à mentir, en faisant des promesses qu’ils ne tiennent pas. Et lorsqu’il s’agit de discours politiques, c’est, hélas, souvent vrai.

Mais lorsqu’on est un homme politique, il y a une différence entre promettre de faire baisser le chômage ou les impôts (et ne pas tenir sa promesse), et proférer délibérément un mensonge éhonté à propos d’un produit dangereux et dont l’usage est interdit en France, afin de le faire passer pour inoffensif.

C’est grave, parce que c’est la porte ouverte à toutes les manipulations.

Nous vivons une époque où la technique permet la diffusion de « fake news » à l’échelle planétaire, et on ne peut pas, si l’on est démocrate, accepter que l’opinion soit manipulée de manière aussi méprisante.

Il faut en effet entendre ce que dit Vincent Louault : « à un moment, les gens, ils comprennent des messages simples« . Comment peut-on faire preuve d’un tel mépris ? Qui sont « les gens » ? Des demeurés ? Vincent Louault ferait-il partie d’une caste de « sachants » dont le rôle est d’expliquer les choses au peuple ignorant ? Il est révoltant d’entendre ce sénateur expliquer que pour faire passer un texte de loi, il a délibérément diffusé une information qu’il savait fausse. Non seulement il s’agit là d’un camouflet infligé à la démocratie, mais en outre, il s’agit d’une information de nature à mettre en danger la vie d’autrui. C’est une honte, sans parler de la façon dont il s’adresse à la journaliste en lui donnant du « ma pauvre dame« .

2/ Il y a autre chose.

Vincent Louault reprend en réalité une fausse information proférée par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard elle-même, dès le 19 mai 2025, dans l’émission « 8h30 franceinfo ».

https://www.dailymotion.com/video/x9jrdx6

À propos de l’acétamipride, la ministre dit notamment (17’30) :

« L’acétamipride, écoutez-moi bien, est présent dans tous les insecticides domestiques. Il est présent dans les colliers antipuces des chiens et des chats […] »

Qu’a fait la journaliste qui l’a interviewée ? Elle a fait son travail : elle est allée vérifier. Et, même s’il y a d’autres néonicotinoïdes, il n’y a pas d’acétamipride dans les colliers antipuces des chiens et des chats. N’importe quel vétérinaire vous le confirmera : l’acétamipride est interdit pour les usages vétérinaires.

Nous voilà donc en présence d’une ministre de l’agriculture qui diffuse une fausse information pour soutenir une proposition de loi qui revient sur une interdiction votée par le Parlement en 2018, interdiction qui avait pour but de protéger la santé des Français contre les effets documentés d’une substance toxique.

Cette fausse information a pour effet de mettre en danger la vie de nos concitoyens, en cédant aux pressions des agriculteurs.

Que l’on ne se méprenne pas : nous sommes attachés, comme tous les citoyens de ce pays, au maintien d’une agriculture efficace, et à tous ceux qui la font vivre, dans des conditions souvent difficiles.

Mais il y a des moments où il faut faire des choix. Et il faut les assumer.

La ministre Genevard et le sénateur Louault ont choisi de soutenir la réintroduction de l’acétamipride dans les traitements utilisés par les agriculteurs, au mépris de toutes les études montrant les risques associés à l’usage de ce produit, et donc, en mettant en danger la vie d’autrui[1]1.

Mais du point de vue éthique, leur position n’est pas la même.

La ministre affirme une contre-vérité, mais elle ne la revendique pas comme telle. D’où lui vient cette affirmation à propos de la présence d’acétamipride dans les colliers des chiens et des chats ? L’a-t-elle faite sienne à la suite de la lecture de notes de collaborateurs, ou d’articles de presse ? L’a-t-elle totalement inventée ? S’est-elle laissée convaincre par le lobbying intense des syndicats agricoles ? Difficile de répondre avec certitude.

Dans tous les cas, lorsque l’enjeu est la santé publique, on peut attendre d’un ministre qu’il prenne toutes les garanties et précautions qui s’imposent avant de proférer des affirmations aux conséquences aussi graves.

Le cas du sénateur Louault est totalement différent : il assume totalement avoir utilisé pour arriver à ses fins un moyen indigne, à savoir un mensonge délibéré. Car, à la différence de la ministre, lui dit explicitement qu’il a sciemment a diffusé une « fake news » (une « infox ») pour pousser au vote de la loi Duplomb, qui réintroduit l’usage de l’acétamipride en France.

C’est inacceptable.

La démocratie repose sur la confiance des citoyens envers ceux qu’ils ont élus pour gérer les affaires du pays. Lorsque ce contrat moral est rompu délibérément, il n’y a plus de démocratie.

Cela va bien au-delà de la question de l’acétamipride, car ce à quoi nous assistons là, c’est un naufrage, et le mot n’est pas trop fort. La bataille idéologique à coups de « fake news », c’est le naufrage du débat démocratique.

En réaction, la dirigeante d’un parti politique a proposé d’instituer, pour les élus ou responsables politiques, un « délit de mensonge ».

Formulée telle quelle, cette proposition paraît quelque peu naïve, et, à l’évidence, impossible à traduire dans un texte de loi.

Mais l’idée est à creuser. A l’heure du développement exponentiel de l’IA générative, des réseaux sociaux et de leurs cohortes « d’influenceurs » aussi tartuffes les uns que les autres, du contrôle de plus en plus invasif sur les faits et gestes et les comportements des citoyens, nous avons besoin de voix qui parlent vrai, pas d’élus qui se déshonorent lorsqu’ils utilisent le mensonge délibéré pour arriver à leurs fins.

https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/le-senateur-d-indre-et-loire-vincent-louault-assume-avoir-propage-une-fake-news-sur-l-acetamipride-avant-de-retropedaler-1788529642


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  1. La réintroduction ne concerne que la culture des noisettes, et est encadrée. Il n’empêche : on retrouve de la noisette dans quantité de produits transformés. ↩︎

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